J'ai eu 39 ans le même jour que toi et comme les années précédentes je n'ai eu droit qu'à ton silence. Le plus dur c'est de penser que pour Frédéric tu as toujours été présent et l'est toujours et que nous, nous n'avons jamais été importants à tes yeux. Ne me dis pas le contraire je ne te croirais pas.
Erick a eu 40 ans en novembre et à cette occasion nous avons parlé plusieurs fois de notre enfance, de tes mensonges, de notre souffrance. Il a écrit beaucoup de textes, et à chaque fois il les écrivait parce qu'il souffrait de ton absence. Lui a choisit de t'ignorer, moi j'ai voulu me rapprocher, mais tout ce que j'y ai gagné ce sont des souffrances supplémentaires. J'aurais dû faire comme lui et ne pas te pardonner. Mais j'y croyais.
Aujourd'hui, je n'y crois plus, ton silence est éloquent.
Je me demande comment on peut avoir deux enfants et les ignorés totalement, je n'arrive pas à te comprendre. Tu nous as menti pendant toute notre enfance, tu nous as oubliés, effacés de ta mémoire et moi bêtement j'ai cru qu'une fois adulte je pourrais compter sur toi...
Je pleure à chaque fois que dans la vie courante ou à la télé je vois une jeune femme avec son père, j'aimerai comme tout le monde avoir un père à qui je puisse dire « papa ».
Quand tu vois maman et que tu lui parles de Frédéric avec fierté tu lui déchires le coeur et le mien par la même occasion, tu es fier de lui parce qu'il a réussi dans la vie mais nous as-tu laissé une seule chance à moi et à Erick de réussir dans la vie.
Quand j'avais 14 ans tu m'as dit que je n'arriverais à rien dans la vie, que j'étais trop égoïste et que j'avais un trop mauvais caractère : merci papa de ces mots de réconfort qui hante encore mes pensées aujourd'hui, 25 ans après... Mais il est vrai qu'à cette époque tu avais déjà un autre enfant avec une autre femme et que tu continuais à venir nous voir en nous mentant comme à ton habitude.
Aujourd'hui, je souffre encore de toutes ces années de silence et je n'arrive pas à faire une croix sur tout cela alors je me décide à t'écrire pour te dire que même si je souffre toujours je ne te pardonnerais plus jamais ces années de silence et de mensonges.
Vis ta vie avec ton fils et oublies tes autres enfants et petit-enfants, quand Frédéric te fera grand-père fait le fier et oublies que tu en as 4 autres quelque part.
Ne fait pas comme la dernière fois ou je t'ai écris une lettre qui était un peu un appel au secours, ne vient pas me voir, je ne t'ouvrirais pas, je ne répondrais pas au téléphone. Tu n'existes plus pour moi, même si je continue d'en souffrir, je te raye de ma vie.
Je te mets un extrait d'un texte qu'Erick a écrit il y a 10 ans suite à l'envoi de ta part pour lui d'une carte d'anniversaire, il résumera ce que tu es pour nous désormais.
« Rien ne serait arrivé si je n'avais dû te tuer Papa. Comprends-moi, je devais te tuer. Peut-être aurais-je également réussi à te pardonner cette rencontre s'il n'y avait pas eu à la suite ce mois de novembre et la carte d'anniversaire. TA carte d'anniversaire. Mais elle est si vulgaire, si commune, si comme si de rien n'était, « tu es un homme mon fils ». Je l'ai lue, cherchant en vain MON père, celui que je connaissais pour l'avoir tant de fois imaginé. Cette carte, je ne te la pardonnerai pas. Tu comprendras qu'il me faut te tuer Papa, parce que je sais que toujours tu ressusciteras, Papa. »
Voilà en résumé, pour nous tu es mort et tu le resteras toujours désormais, même si nous en souffrons.
Ta fille....
Lettre que j'ai écrite à mon père le 16 janvier 2002 le jour de nos anniversaires